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Facturation électronique : pourquoi stocker ses factures ne suffira plus ?

 

À l’approche de la réforme de la facturation électronique, de nombreuses entreprises concentrent leurs efforts sur les plateformes et les flux d’échange. Pourtant, un risque demeure largement sous-estimé : celui de l’archivage. Car demain, produire une facture ne suffira plus. Encore faudra-t-il être capable de prouver son authenticité, son intégrité et son historique plusieurs années après son émission.

 

La réforme de la facturation électronique est souvent abordée sous l’angle de la transmission des factures. Choix d’une plateforme, adaptation des ERP, conformité des formats : ces chantiers techniques mobilisent déjà les organisations. Mais un autre sujet émerge progressivement. Une fois la facture émise, reçue et traitée, comment garantir sa valeur dans le temps ?

La question est loin d’être secondaire. En cas de contrôle fiscal, d’audit ou de contentieux, l’entreprise doit être en mesure de retrouver les documents concernés et de démontrer qu’ils n’ont subi aucune altération.

Dans un environnement où les échanges deviennent entièrement numériques, l’archivage numérique vient répondre à un enjeu de preuve en plus de l’obligation administrative. La réforme de 2026¹ marque-t-elle alors la fin d’une vision purement documentaire de la facture au profit d’une véritable logique de gouvernance de l’information ?

Stocker n’est pas archiver : une confusion qui expose les entreprises

La dématérialisation a parfois créé une illusion de sécurité. Un document enregistré sur un serveur ou dans un espace cloud est souvent considéré comme conservé. Pourtant, le stockage et l’archivage répondent à des objectifs très différents.

Le stockage consiste avant tout à rendre un fichier simplement accessible. L’archivage poursuit une ambition plus large : garantir la valeur juridique de l’information dans la durée. Il suppose la mise en place de mécanismes permettant de préserver l’intégrité du document, sa disponibilité, sa traçabilité et sa lisibilité pendant toute sa période de conservation.

Cette distinction prend une importance particulière avec la réforme. Le Code général des impôts impose que l’authenticité, l’intégrité du contenu et la lisibilité des factures soient garanties depuis leur émission jusqu’à la fin de leur durée de conservation.

L’enjeu ne consiste donc plus seulement à retrouver un document mais il s’agit de démontrer qu’il constitue toujours un objet fiable.

La plateforme ne porte pas seule la responsabilité de l’archivage

Une autre idée reçue accompagne la réforme : puisque les factures transitent par des plateformes agréées, celles-ci prendraient naturellement en charge leur conservation.

Le fascicule FD Z42-029 publié par l’AFNOR² rappelle pourtant que la responsabilité de l’archivage demeure celle de l’entreprise assujettie. Les plateformes conservent certaines informations pour satisfaire à leurs propres obligations, mais elles ne se substituent pas aux obligations réglementaires de leurs clients.

Cette nuance est essentielle. Car la facture n’est généralement qu’un élément parmi d’autres dans une chaîne documentaire plus large. Pour démontrer la réalité d’une opération, il peut être nécessaire de produire également un bon de commande, une preuve de livraison, un justificatif de paiement ou d’autres éléments de la piste d’audit fiable.

La question n’est donc pas seulement de savoir où sont stockées les factures. Elle consiste à déterminer comment conserver l’ensemble des preuves nécessaires à la justification d’une transaction.

La réforme invite ainsi les entreprises à adopter une approche plus globale de leur patrimoine documentaire.

L’archivage devient un sujet de gouvernance des données

La facture électronique transforme progressivement un document comptable en actif numérique.

Cette évolution conduit les organisations à s’interroger sur leurs capacités réelles à gérer leurs données dans le temps : durée de conservation, traçabilité des accès, réversibilité des solutions, politique de destruction ou encore maîtrise des risques réglementaires.

Dans cette perspective, le recours à un Système d’Archivage Électronique conforme à la norme NF Z42-013³ permet d’apporter un cadre structuré. Lorsqu’il est certifié NF461, il offre des garanties supplémentaires en matière de sécurité, de traçabilité, d’intégrité et de pérennité.

Au-delà de la conformité, l’enjeu devient stratégique. Une information fiable, disponible et exploitable constitue un levier de performance autant qu’un moyen de sécuriser les activités de l’entreprise.

La réforme de la facturation électronique ne modifie pas seulement les modalités d’échange des factures, elle redéfinit les conditions dans lesquelles leur valeur pourra être démontrée dans le temps.

Pensé et mis en œuvre comme dernière étape (parfois oubliée) d’un processus administratif, l’archivage est un maillon essentiel de la conformité, de la maîtrise des risques et de la gouvernance de l’information.

Les organisations qui aborderont ce sujet sous le seul angle technique risquent de passer à côté de l’enjeu principal : dans l’économie numérique, la capacité à produire une preuve fiable est devenue aussi importante que la capacité à produire un document.

Références

¹ Réforme de la facturation électronique : calendrier de déploiement fixé par la loi de finances pour 2024, avec une entrée en vigueur progressive à partir de septembre 2026.

² AFNOR, FD Z42-029 – Recommandations relatives à la conservation et à l’intégrité des factures électroniques tout au long de leur cycle de vie.

³ La norme NF Z42-013 définit les exigences applicables aux systèmes d’archivage électronique garantissant l’intégrité, la traçabilité et la pérennité des documents numériques. La certification NF461 atteste de la conformité d’une solution à ces exigences.

 

Article écrit par Agnès RIPOLL-GHYS et Julie RANDRIAMBAO

 

Cet article a été réalisé dans le cadre des travaux menés au sein du groupe de travail AFNOR consacré à la facturation électronique et à l’archivage numérique.

 

Pour aller plus loin :
Fascicule  FD Z42-029
Communiqué de presse de la FnTC