Digital Learning : 5 bonnes pratiques pour une expérience accessible et agréable
Le RGAA (Règlement Général pour l’Amélioration de l’Accessibilité) a été conçu pour faciliter l’accès au digital des personnes ayant certaines difficultés : handicap, dyslexie, daltonisme… La mise en pratique de ce règlement est particulièrement difficile quand il faut conjuguer l’usage d’un lecteur d’écran et une navigation au clavier…
Résultat : même en respectant les critères d’accessibilité, un module e-learning peut être frustrant une bonne partie des utilisateurs.
Pour une accessibilité et une expérience agréable pour tous, certains points, et en particulier les usages, sont donc à réfléchir très en amont.
Voici 5 bonnes pratiques pour des contenus pédagogiques digitaux accessibles, agréables, interactifs… sans surcoût !
Bonne pratique 1 : S’organiser et doser l’effort
Tous les critères d’accessibilité ne se valent pas en termes d’effort et d’impact. Il faut donc trier les critères, pour prioriser et mettre l’énergie au bon endroit. On peut distinguer :
- Les critères relatifs à la facilité de lecture : contrastes, taille de police, hiérarchie typographique…
Ces critères sont faciles à intégrer et alignés avec les bonnes pratiques de design pédagogique. Ils améliorent en effet l’expérience de tous : meilleure lisibilité, fatigue visuelle réduite, repères clairs.
- Les critères relatifs à l’utilisation d’un “lecteur d’écran” : ordre de focus, titres structurés, textes de remplacement…
Ces critères demandent un soin technique plus fin. Ils sont indispensables quand le contenu est consulté par un non-voyant mais ils sont longs à paramétrer et contraignants. Cela nécessite d’adopter une démarche stratégique (voir pratique n°2).
Une fois le tri effectué, la première chose facile à faire est d’automatiser la mise en œuvre des critères relatifs à la facilité de lecture. Il s’agit par exemple de standardiser un kit de conception « vision‑friendly » : palette testée en contraste, styles de titres, tailles de police minimum, grilles et composants UI cohérents…et d’industrialiser ces réglages au niveau des templates (Storyline, Rise, Genially, Captivate, PPT → PDF balisé, etc.) et des feuilles de style.
Ces actions permettent d’obtenir un confort de lecture pour tous, en déployant un effort raisonnable.
Bonne pratique 2 : Se poser les bonnes questions, au bon moment
La conception du module et les réglages d’ordre de lecture ou de textes alternatifs prennent du temps. Avant de s’y plonger, il est indispensable de s’interroger sur la nécessité d’intégrer la totalité des critères d’accessibilité.
- Quelles sont les règles en vigueur dans l’entreprise à ce sujet ?
- Combien de personnes consulteront le module ? Si le nombre est restreint, il est possible de qualifier le niveau d’accessibilité nécessaire.
- Quel est le public cible ? L’audience visée occupe-t-elle un poste qui implique nécessairement la capacité de voir ? Par exemple : module destiné à des pilotes d’avion ou conducteurs de bus.
- De la même manière, le contenu du module est-il accessible à des personnes non voyantes ? Par exemple : si le sujet nécessite la lecture de documents physiques ou l’observation d’éléments, les participants devront forcément avoir de la capacité de voir.
Mené en début de projet, ce questionnement permet de concentrer les efforts dès la création des modules et de l’expérience, de manière totalement connectée à l’usage. Les impacts sur l’expérience apprenante sont pris en compte dès l’origine, et non a posteriori, permettant à la fois une meilleure et non dans des actions de mise en conformité déconnectée de l’usage.
Bonne pratique 3 : Concevoir en deux temps : image d’abord, voix ensuite
Tenter de concevoir en une seule passe pour voyants et non‑voyants mène à des compromis médiocres car les logiques sont opposées :
- Pour les voyants : on pense l’image, la voix soutient l’image.
- Pour les non‑voyants : on pense la voix, l’interactivité soutient la voix
Pour cela, commencer par un Storyboard sans contrainte : viser la meilleure pédagogie, les meilleurs choix visuels et interactifs pour les voyants. Puis dans un 2è temps retravailler le module en l’imaginant comme un podcast.
- Partir de ce que dit la voix. La voix est-elle suffisante pour comprendre le fond et l’action à mener ? Si ce n’est pas le cas, prévoir un bouton invisible qui complètera la voix.
- Puis identifier les éléments pertinents à consulter en plus de la voix et la nature de l’information apportée. En déduire le texte alternatif en complément de la voix
- Enfin, définir l’ordre de lecture des éléments.
Bonne pratique 4 : Contourner les écrans à interactivité complexe
L’interactivité complexe est nécessaire pour l’acquisition de certaines connaissances. Par exemple les glisser déposer. Supprimer ces modalités pour cause d’accessibilité est dommage pour la majorité des apprenants. On se prive ainsi d’une des fonctionnalités efficace du digital.
Dans ce cas, il peut être pertinent de proposer un contournement de l’écran complexe qui passe par un écran de présentation des notions clés. Le contenu délivré est ainsi maintenu.
Ce serait dégrader l’expérience des non-voyants ? Il faut avoir en tête que ces personnes ont une mémoire auditive très développée et préféreront un document bien rédigé à un écran dans lequel les informations sont disséminées.
Les outils auteurs permettent de concevoir des modules à arborescence. Il suffira ensuite de mettre en 1è page un bouton « Consulter ce module avec un lecteur d’écran » qui activera le chemin dédié !
Bonne pratique 5 : Tester “les yeux fermés”
Il ne reste plus qu’à se mettre dans la peau d’un utilisateur à lecteur d’écran. Fermer les yeux, poser son doigt sur le bouton tabulation… et c’est parti pour une expérience immersive dans le monde du handicap !
C’est une expérience intéressante humainement qui permet de garantir qu’un module est REELLEMENT accessible.
L’accessibilité n’est pas un concours de conformité : c’est un choix de conception au service de l’usage. En séparant les critères de facilité de lecture des critères liés à l’utilisation d’un lecteur d’écran, en arbitrant selon l’utilisabilité réelle, en dédoublant la conception image‑d’abord vs voix‑d’abord, et en testant comme un non‑voyant, vous obtenez des modules vraiment inclusifs, agréables et pérennes — sans surcoût.
Le RGAA reste un cadre, mais votre boussole, ce sont vos apprenants : leurs contraintes, leurs gestes, leur confort.